
- L'oeuvre poétique des soeurs Bronte - google image
Lorsque l'on évoque le nom des soeurs Brontë, c'est bien évidemment leur oeuvre romanesque qui est le plus souvent citée : ainsi, les noms de Jane Eyre pour Charlotte, des Hauts de Hurlevent pour Emily Jane, et du Locataire de Wildfeld Hall pour Anne sont bien connus du lectorat des trois soeurs. Mais la première oeuvre commune qu'elles ont publiée se nommait The Poems, of Currer, Ellis and Acton Bell, (leurs pseudonymes), poèmes parus dans l'indifférence générale en 1846. C'était avant l'immense succès de leurs romans qui a remis à l'honneur une oeuvre poétique singulière.
Les soeurs Brontë : l'oeuvre poétique. Des sagas de l'enfance aux poèmes de l'âge adulte
Charlotte, Emily Jane, Patrick et Anne : les quatre enfants du Révérend Brontë qui parvinrent à l'âge adulte avaient été des enfants écrivains : bercés par les magazines littéraires (Blackwood's Edinburgh Magazine, Fraser's Magazine, ou The Edinburgh Review) qui arrivent jusqu'au presbytère paternel, la fratrie Brontë évolue entre fiction et réalité, : fictions, épopées mythologiques, pièces de théâtre, courts récits, leurs écrits d'enfance demeurent au sein de l'univers très clos d'Haworth.
S'il reste aujourd'hui de nombreux fragments de ces oeuvres de jeunesse pour l'oeuvre commune rédigée par Patrick et Charlotte, rares sont les vestiges de l'oeuvre commune d'Emily Jane et Anne : quelques poèmes repris plus tard, quelques fragments au détour d'un journal. Mais si Patrick se tourna vers la peinture, les trois soeurs continuèrent à écrire. Méconnues, avant le succès que la publication de Jane Eyre de l'ainée Charlotte qui mis en lumière la vie discrète et l'oeuvre géniale des trois soeurs, elles publièrent pourtant sous un pseudonyme, dès 1846, leurs poèmes. Aussitôt publiés, aussitôt oubliés... le livre ne se vendit quasiment pas. Pourtant leur oeuvre poétique fut remise à l'honneur plus tard, surtout après leur mort précoce, jusqu'à inspirer aujourd'hui encore cinéastes, mais aussi critiques littéraires et lecteurs, saisis par l'actualité des thèmes et des images.
Thématiques et inspiration des poèmes de Charlotte, Emily et Anne Brontë
Fiction et écriture poétique sont intimement liées dans l'oeuvre des soeurs Brontë : on ne s'étonnera donc pas de retrouver dans Les Hauts de Hurlevents, comme dans les poésies d'Emily, par exemple, les thèmes de la liberté, si chère à l'auteur comme aimait le souligner sa soeur ainée Charlotte. Les trois soeurs ont une expérience profonde de la solitude et les thèmes métaphysiques qui les hantent depuis leur enfance passée dans le sombre presbytère d'Haworth, donnant sur les tombes grises du village et au delà, vers l'infini de la lande. Poèmes d'amours hérités des sagas d'enfance, mythe du paradis perdu, angoisses de l'âme et aspiration vers l'infini sont des thèmes communs à leur oeuvre poétique, mis en oeuvre singulièrement par chacune des soeurs.
C'est particulièrement l'oeuvre poétique d'Emily qui a suscité l'enthousiasme des critiques littéraires comme des lecteurs. La force de l'imagination d'Emily et les polarités puissantes de son univers, que l'on retrouve dans les Hauts de Hurlevent, sont également au coeur de ses poèmes : solitude, désespoir éternel de l'âme séparée de son aimé, rébellion quasi prométhéenne de l'homme face à ses finitudes, Emily explore avec la fermeté d'une âme d'enfant le mal. Plus loin que la plupart des écrivains gothiques auxquels elle est parfois comparée, Emily plonge au plus profond des ténèbres de l'âme humaine et c'est là qu'elle rencontre la liberté enfin déliée des finitudes trop humaines. Ainsi dans son chef-d'oeuvre poétique, The Prisoner, c'est du fond de sa cellule ténébreuse que l'âme rencontre enfin le "messager de l'espoir", en un authentique cheminement mystique qui passe par le rien pour rejoindre le Tout.
Pour aller plus loin, à l'instar de Georges Bataille qui explora l'oeuvre d'Emily Brontë, on peut lire dans La Littérature et le mal, l'article consacré à Emily : "Sa pureté morale intacte, elle eut de l'abîme du Mal une expérience profonde. Encore que peu d'êtres aient été plus rigoureux, plus courageux, plus droits, elle alla jusqu'au bout de la connaissance du Mal." (page 11)
Georges Bataille, La littérature et le mal, Folio.
