Pour certains, les cultures européennes sont et ont été trop influencées par la culture américaine. En effet, après la Seconde Guerre mondiale principalement, du fait d'un soft power important, l'American way of life s'exporte (comme il en avait été question lorsqu'il s'agissait d'étudier la société américaine dans les films Disney). C'est ce que l'on appelle l'américanisation qui est parfois dénoncée.

Pourtant, cette culture venue d'Outre-Atlantique a été influencée par ces cultures européennes; ce sont de ces dernières que la culture américaine est issue, dérivée. Le lien entre les cultures de part et d'autre de l'Atlantique s'observe notamment dans la gastronomie américaine, éléments parmi les plus présents en Europe et parmi les plus déterminants dans l'influence du soft power américain.

Hamburger et frites, le fast food venu d'Allemagne et de Belgique

"Macdomination", c'était le maître-mot de José Bové lorsqu'en 1999, avec d'autres militants, il avait démonté un restaurant de la chaîne McDonald's, à Millau. Cet épiphénomène illustre parfaitement l'inimitié que peuvent éprouver certaines populations européennes vis-à-vis de l'influence culturelle des Etats-Unis dans leur pays. Pourtant, cette "malbouffe", fléau de la société de consommation, fait partie de la gastronomie traditionnelle européenne.

D'une part, le hamburger, comme son nom l'indique, vient de Hambourg. Il a été importé aux Etats-Unis par les migrants venus en nombre d'Allemagne au XIXe siècle. D'ailleurs, la linguiste autrichienne Waltraud Legros explique dans l'excellente émission d'Arte, Karambolage, que les Américains se sont approprié le hamburger en créant le cheeseburger, laissant ainsi croire par analogie que le préfixe ham- de hamburger fait référence au jambon, ham en anglais. Lorsque l'on parle de fast food, il faut évidemment lier le hamburger aux frites.

Ce que les Américains appellent french fries sont venues de la même manière d'Europe. On ne reviendra pas sur la polémique concernant l'origine française ou belge des frites; quoi qu'il en soit, l'origine française du Coca-Cola et du jean ne fait aucun doute.

Le Coca-Cola et le jean sont en réalité Made in France

Certains, souvent les mêmes que ceux parlant de Macdomination, ont parlé de coca-colonisation pour critiquer l'américanisation, ou du moins l'influence de la culture américaine sur la culture française. Ceux-là ne savaient surement pas que l'origine de ce soda se trouve de notre côté de l'Atlantique. En effet, en 1863, Angelo Mariani inventa et commercialisa son "Vin Tonique Mariani à la coca du Pérou", qui semble avoir inspiré en 1884 John S. Pemberton pour son French Coca Wine. Sous les pressions du Klu Klux Klan, il dut remplacer le vin par de l'extrait de cola et du soda, et ainsi inventa le Coca-Cola en 1885.

Si certes il ne s'agit pas de gastronomie, le jean ne peut être oublié lorsque l'on aborde la question des produits américains, qui s'avèrent être français originellement. Quand il s'agit de l'origine française du jean, c'est du tissu dont il est question, et non du pantalon, qu'il convient plutôt d'appeler jeans en l'espèce. D'ailleurs, pour ce qui est du tissu des jeans, il convient de parler de denim, le jean étant un tissu, quoique semblable, différent encore. Aussi, comme le laisse entendre son nom, le denim a été créé à Nîmes; c'est avec celui-ci que les jeans, inventés aux Etats-Unis, sont fabriqués.

Le melting pot des pâtisseries américaines: French toast, Belgian waffle et Dutch sticky rolls

Griff Rhys Jones, dans le documentaire "Une journée dans le tumulte de New York" qu'il présente, remarque à juste titre que ces trois pâtisseries, tant appréciées par les Américains au petit-déjeuner, se donnent des attraits européens, et sont pourtant très américaines. Le French toast (en français pain perdu) signifie mot à mot pain grillé français, Belgian waffle signifie gaufre belge, et les Dutch sticky rolls ressemblent à s'y méprendre aux bolussen venus des Pays-Bas. Si l'origine française du pain perdu reste à prouver, l'origine européenne des ces trois pâtisseries ne fait aucun doute.

Pourtant, comme l'illustrent les Dutch sticky rolls, ces mets ont été réinvestis par les Américains; ils ont été américanisés. En effet, la recette ressemble à celle des bolussen à quelques détails près (comme les noix). C'est en cela qu'il s'agit d'une recette non plus hollandaise (NB: le bolus vient de la province de Zélande, au sud des Pays-Bas, et non de la province de Hollande, contrairement à ce que le dutch pourrait laisser entendre), mais bien amish.

C'est en cela que l'on peut parler de melting pot pour ces pâtisseries; venues d'Europe, elles sont passées par le creuset de la cuisine américaine, et sont devenues par là même des pâtisseries proprement américaines. Evidemment, cette remarque n'est pas valable que pour les pâtisseries, ou même la gastronomie. C'est en effet ce que remarque Gilles Roqueplo dans Karambolage à propos de ses marques de guitares préférées, venue certes des Etats-Unis, mais utilisant le savoir-faire des luthiers européens. On voit bien là en quoi la société américaine est le fruit de vagues d'immigration, principalement en provenance du Vieux Continent, comme il en était question dans l'article sur le soft power américain à travers Desperate Housewives.