
- vase céramique de Greber, un Faune vous regarde - Jean-Luc Mercier
Poteries Gréber, une histoire de Famille
Beauvais, dans l'Oise, est au cœur d'une terre de potiers, depuis plusieurs siècles. Les céramiques du Beauvaisis sont réputées, mais dans cette belle et séculaire histoire, la manufacture créée par les Greber et gérée par trois d'entre eux durant plus d'un siècle y occupe une place toute particulière.
Johan-Peter Gréber, d'origine autrichienne, s'installe à Beauvais en 1846 et fonde en 1850 ses ateliers de poterie route de Calais. Seize ans plus tard il s'attache à la fabrication de terres cuites ( pour le bâtiment ) et de vases décoratifs. En 1868 il construit un four à poterie et commence son activité céramique, puis un four à grès aujourd'hui disparu. Deux de ses fils, Charles et Paul Greber reprennent l'activité en 1880 et créent la Manufacture Céramique de Beauvais. Celle-ci comptait 28 ouvriers en 1883. En 1905, Charles, potier céramiste aux créations souvent audacieuses, reprend seul la direction de la manufacture qu'il gardera jusqu 'en 1933, date où la Maison fut reprise par son neveu Pierre Greber ( 1896-1965 ) qui y développe jusqu'en 1962 une production artistique en même temps qu'une production de pièces d'usage courant. Ses grés bronzés furent un véritable succès, prisés par les beauvaisiens. Mais la maison ne comptait plus que 3 ouvriers en 1940.Avec sa fille Françoise (1925-1974) il fut aussi l'auteur de magnifiques plats de grandes tailles très connues.
L'empreinte de Charles Greber, encore très visible aujourd'hui
Il est né en 1853 et décède en 1935. En 53 ans d'activité, Charles Greber à fortement marqué le paysage des céramistes du beauvaisis. Il a su concilier la production de pièces utilitaires et celle des pièces artistiques les plus prestigieuses. Ainsi trouve t-on sur les marchés de l'Art de petites pièces plus ou moins ornées ( cendriers, pots ) comme de superbes jardinières et des poteries de prestige à tête de Faune.
Au tout début du 20ème siècle, en collaboration avec l'architecte Fidélie Bordez, il réalise dans la petite commune de Mouy, près de Beauvais, une de ses créations les plus originales : un pavillon, aujourd'hui connu sous le nom de Maison Bordez-Greber, aux décors exubérant. Avec ses fenêtres aux formes rondes, des éléments d'ornement empruntés au style balnéaire, des bow-windows, une cheminée tout aussi travaillée, cette maison traduit nettement les influences de l' Art Nouveau avec ses pans de bois et toiture débordante sur consoles.
Inscrite aux Monuments Historiques en mai 1990, cette oeuvre apparaissait sur le catalogue de Greber dés 1910.
Autre oeuvre admirable et étonnante, la Maison Greber à Beauvais :
afin de montrer à tout un chacun l'étendue des savoirs faire de sa manufacture et pour promouvoir son art de manière magistrale, en 1911 Charle Greber fait appel à l' architecte amiénois Maurice Thorel pour la décoration en grès cérame de sa façade. Son autre frère sculpteur, Henri, réalise le bas-relief montrant un potier à son tour, avec des bandes décorées de petites salamandres. La façade, essentiellement constituée de carreaux, est en fait plaquée sur une maison plus ancienne à structure en pans de bois et torchis, caractéristique de l'architecture vernaculaire du Beauvaisis. On peut y lire les enseignes "Manufacture de grès artistiques", "Décoration architecturale", "Poteries usuelles en grès fins". Cette oeuvre est magnifiée par la toiture en tuiles plates plombifères, à la façon bourguignonne.
La Maison Greber, sauvée de la destruction par la ville de Beauvais
Quand Pierre Greber cesse l'activité en 1962, la manufacture est vendue au concessionnaire Citroën, le garage Paintré, qui utilise la maison comme bureau commercial. Nous nous souvenons avoir vu le puissant et triste contraste entre la beauté étrange de cette maison unique et les abords souillés par les huiles et les pièces mécaniques, ou entre les céramiques et les enseignes publicitaires du garage. Il ne subsiste rien des ateliers de poterie ni des fours, rasés pour la mise en place de ce garage. La Maison Greber elle-même a bien failli disparaître. Son nouveau propriétaire fit une demande pour la démolir afin d'agrandir son garage. Ce projet a émus de nombreux beauvaisiens qui se sont mobilisés pour la sauver. En 1979, la façade est classée monument historique. son-propriétaire demanda alors des indemnités pour ce classement . En 1997, la ville de Beauvais rachète l' ancienne manufacture et engage en 1999 la restauration des façades et toitures .
La Maison Greber est aujourd’hui le siège du GRECB et du GEMOB:
Le Groupe d'Etudes et de Recherches de la Céramique du Beauvaisis, fondé en 1967, a pour vocation l'étude et la connaissance de la céramique du Beauvaisis.
Le Groupe d'étude des monuments et oeuvres d'art de l'Oise et du Beauvaisis est une association à but culturel qui s'intéressent à l'histoire locale et régionale d'art, d'archéologie et d'histoire de l'art.
