
- Des équipements pour se protéger - DR
Malgré des efforts de prévention considérables, le bruit reste une nuisance fréquemment rencontrée dans de nombreuses entreprises de tous secteurs d’activités. Plus de 5 millions de salariés se plaignent ainsi du bruit sur leur lieu de travail et plus de 3 millions sont exposés à un niveau de bruit d’au moins 85 décibels ou dB (A), qui constitue actuellement le seuil réglementaire. Un moyen très simple d’appréciation subjective du niveau sonore : si on a des difficultés pour parler à une personne à moins d’un mètre et qu’il faut élever la voix, le niveau de 85 dB (A) est atteint.
Troisième cause de maladie professionnelle
Les atteintes auditives provoquées par les bruits lésionnels constituent la troisième cause de maladie professionnelle la plus fréquente après les affections péri-articulaires ou TMS (troubles musculo-squelettiques) et les affections consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante. Environ 600 surdités d’origine professionnelle sont reconnues chaque année avec un coût moyen unitaire de 100 000 euros.
Les fréquences qui peuvent être perçues par l’oreille humaine vont de 20 Hz (sons graves) à 20 000 Hz (sons aigus) avec une sensibilité maximale pour les sons entre 1 000 et 6 000 Hz. La voix humaine se situe, dans les fréquences conversationnelles, entre 500 et 2 000 Hz.
L’intensité s’exprime en décibel ou dB (A), qui est une unité de mesure logarithmique. Toute augmentation de 3 dB correspond à un doublement de l’intensité sonore. Pour une majoration de 10 dB, l’intensité est multipliée par 10. La pondération A tient compte de la sensibilité de l’oreille humaine, qui est plus importante pour les fréquences comprises entre 1 000 et 6 000 Hz.
La dose de bruit reçue est équivalente pour une exposition à 85 dB (A) pendant 8 heures, à 88 dB (A) pendant 4 heures, à 94 dB (A) pendant 1 heure, 115 db (A) pendant 1 minute…
Le seuil de la douleur se situe à 120 dB (A), ce qui correspond au niveau de bruit généré par un marteau-piqueur. Au-delà de 120 dB (A), des lésions sévères sont à craindre avec déchirure des tympans. Un coup de fusil occasionne le même niveau de bruit qu’un banc d’essai de moteur d’avion : 130 dB (A)…
À intensité égale, les bruits aigus et impulsionnels sont plus dangereux que les bruits graves et continus.
Les effets négatifs du bruit
La fatigue auditive constitue le premier stade des effets du bruit sur les oreilles. Elle survient quelques heures après l’exposition à un bruit intense avec une baisse temporaire de l’audition, qui se manifeste souvent par une sensation d’oreilles bouchées, accompagnée parfois d'acouphènes, caractérisés par des sifflements ou des bourdonnements d’oreilles. Cette atteinte est réversible avec une récupération habituellement complète de l’audition et une disparition habituellement totale des acouphènes en quelques heures ou quelques jours.
La surdité d’origine professionnelle est caractérisée par un déficit centré sur 4 000 Hz qui va progressivement se creuser et s’élargir aux autres fréquences. Au départ, le trou ou scotome auditif ne provoque aucune gêne car il se situe au-delà des fréquences conversationnelles (500 à 2 000 Hz).
Ce n’est que tardivement, lorsque l’atteinte s’est majorée et qu’elle est devenue irréversible que la personne en prend conscience avec des difficultés pour comprendre ses interlocuteurs et pour communiquer, surtout lorsque plusieurs personnes parlent. Des acouphènes peuvent considérablement majorer la gêne sociale et professionnelle existante.
Davantage d'accidents
Le dépistage précoce de la surdité d’origine professionnelle repose sur la réalisation régulière d’audiogrammes. Pour être fiables et interprétables, les tests doivent impérativement être réalisés dans une cabine insonorisée. Ils permettent aussi de vérifier l’efficacité des mesures de protection collective et individuelle.
Certaines personnes sont plus fragiles que d’autres au bruit et peuvent présenter des lésions auditives plus sévères pour une même exposition au bruit. Cette fragilité peut découler d’affections liées à des facteurs infectieux, toxiques (y compris médicamenteux), traumatiques ou héréditaires. La sensibilité au bruit s’accroît également avec l’âge et devient plus marquée à partir de 50 ans.
Les effets du bruit ne se limitent pas à l’oreille mais concernent l’ensemble de l’organisme humain, générant, entre autres : stress, difficultés de concentration, perturbation de la mémoire, troubles de l’humeur avec agressivité, irritabilité, anxiété, troubles du sommeil...
La survenue d’accidents du travail peut être favorisée par ces perturbations, auxquelles se surajoute l’effet de masque du bruit qui gêne la perception des signaux acoustiques de sécurité et de la parole.
Il faut aussi rappeler que le décret n° 88-405 du 21 avril 1988 relatif à la protection des travailleurs contre le bruit est toujours en vigueur avec une cote d’alerte à 85 dB (A) et une cote de danger à 90 dB (A).
