
- Regard de charles Baudelaire - Dominique Skrzypczak (d'après Nadar)
Le public connaît plutôt bien les Fleurs du Mal, il a entrevu les Petits Poèmes en Prose, mais qu'en est-il des critiques d'art qu'a écrit Baudelaire ? Pourtant, son point de vue sur l'art est incontournable. Retour sur quelques unes des notions artistiques qu'il théorise.
Le romantisme
Baudelaire qualifie une oeuvre de romantique, lorsque l'artiste a réussi à saisir une atmosphère singulière du lieu qu'il représente et qui ne correspond pas du tout à l'ambiance réelle de ce lieu. Pour lui, le romantisme dépend essentiellement de l'environnement dans lequel vit l'artiste. Le poète voit dans le romantisme une capacité de l'artiste à projeter son sujet dans un ailleurs différent de celui dans lequel il vit. Le peintre fera alors preuve d'imagination pour retranscrire son ressenti face à son sujet.
Les artistes qui correspondent le mieux à cette définition sont les artistes du Nord : « Les rêves et les féeries sont des enfants de la brume. L’Angleterre, cette patrie des coloristes exaspérés, la Flandre, la moitié de la France, sont plongés dans les brouillards ; Venise elle-même trempe dans les lagunes. » L'être humain ne peut se contenter d'un tel habitat.
Baudelaire oppose à ces artistes ceux du Sud. Selon lui, le Midi est « naturaliste, car la nature y est si belle et si claire, que l’homme n’ayant rien à désirer, ne trouve rien de plus beau à inventer que ce qu’il voit. » Satisfait des paysages qui l'entourent, l'artiste du Sud reproduira ce qu'il contemple, sans y ajouter la moindre once d'imagination. Baudelaire catégorise ces peintres comme étant naturalistes. Le Nord devient donc la patrie du romantisme et, par extension, celle de l'imagination...
La modernité
Baudelaire est un artiste qui vit en harmonie avec son temps, dans le sens où il prête un intérêt certain au progrès, à la modernité. Il est important pour lui d'aller à l'exposition universelle en 1855. C'est l'occasion pour lui de comparer le travail actuel de différentes nations. Ainsi dit-il : « Que dirait un Winckelmann* moderne (nous en sommes pleins, la nation en regorge, les paresseux en raffolent), devant un produit chinois, produit étranger, bizarre, contourné dans sa forme(…) » Baudelaire aime ce qui est nouveau et surtout la peinture qui parle de son époque.
Constantin Guys, le peintre emblème de la modernité
L'artiste qui incarne le mieux l'Idéal moderne de Baudelaire est Constantin Guys (1805-1892). Il lui offre même une partie de son oeuvre critique, Le Peintre de la vie moderne. Le poète aime le travail de Constantin Guys parce que celui-ci émet une réflexion sur son époque, mais aussi sur le beau à travers le temps. Il ne pourrait pas trouver plus fervent admirateur que Baudelaire : « le passé est intéressant non seulement par la beauté qu’ont su en extraire les artistes pour qui il était présent, mais aussi comme passé, pour sa valeur historique. Il en est de même du présent. Ce plaisir que nous retirons de la représentation du présent tient seulement à la beauté dont il peut être revêtu, mais aussi à la qualité essentielle de présent. »
Mais Constantin Guys est aussi un artiste novateur (et nouveau rime avec moderne chez Baudelaire), il recherche une forme de beauté mystérieuse dans son époque. Tandis que Baudelaire reproche aux artistes de son temps d'habiller leurs modèles avec des vêtements d'une autre époque, Constantin Guys refuse l'anachronisme et insère son modèle dans son temps et le vêt d'habits du XIXe.
Pourtant, Constantin Guys ne laisse pas une trace indélébile dans l'histoire de l'art, mais il laissera sa marque d'un point de vue historique car il peint la mode, la guerre, la femme, le dandy... Il croque les meurs dans un style qui plaît à Baudelaire : novateur. Il est moderne par le sujet qu'il traite.
*Winckelmann est un théoricien du néoclassicisme.
A lire aussi :
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- Les formes de la critique d'art chez Baudelaire
- L'Idéal de beauté selon Baudelaire
Sources :
- Les Curiosités esthétiques, Charles Baudelaire
- Baudelaire, Critique d'art, suivi de Critique musicale, Charles Baudelaire
