La France est le 5e pays le plus riche du monde pour son Produit Intérieur Brut (PIB) global mais elle recule à la 24ème place quand il s’agit de mesurer son niveau de vie par habitant. Un nouvel indice de « bien-être », statistique et interactif sur internet, permet, depuis mardi 24 mai, aux 34 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de calculer et de comparer leur qualité de vie, en quelque sorte le Bonheur Intérieur Brut (BIB) de leurs habitants. La France s’en sort dans la moyenne.

Pourquoi ce BIB ?

  • Une commande de Nicolas Sarkozy :
C’est le président Nicolas Sarkozy qui a commandé ce rapport à l'économiste américain Joseph Stiglitz. Il s’agissait d’apporter des nuances au baromètre du Produit Intérieur Brut (PIB), c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées produites par un pays en un an.

  • Le PIB insuffisant :
« Le PIB n’était pas un indicateur suffisant » pour mesurer les progrès d'une société, déclare au Monde l’économiste Jean-Paul Fitoussi, coauteur du rapport. Et d’expliquer qu’un tremblement de terre, par exemple, entraîne des reconstructions et donc accroît le PIB d’un pays mais il crée aussi du stress. Celui-ci fait baisser le niveau de bien-être des habitants mais n’apparaît pas dans la notion de PIB. Dès 2009, le rapport Stiglitz recommande alors de modifier les indicateurs et d’aller sur d’autres terrains, individuels, culturels, économiques et sociaux, que les seules valeurs ajoutées.

Quels nouveaux critères ?

  • 11 nouveaux critères :
L'OCDE a établi une liste de onze critères: les revenus, le logement, l’emploi, la santé, la sécurité, la vie en communauté, la gouvernance, l’éducation, l’environnement, le sentiment de satisfaction personnelle, l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille. Ces critères sont objectifs et subjectifs: ils renvoient soit à des études statistiques (taux de chômage, espérance de vie, niveau d’études), soit à des sondages dans lesquels les personnes interrogées indiquent leur niveau de satisfaction, le «life satisfaction».

Comment ça marche?

  • Un site interactif en langue anglaise :
L’OCDE, dont le siège est au château de la Muette à Paris, a mis en place un site internet de l’indice interactif "vivre mieux". Il ne fonctionne pour l’instant qu’en anglais. L’internaute découvre cette phrase en page d’accueil : « Il y a plus dans la vie que les chiffres froids du PIB et les statistiques économiques ». Chacun des 34 pays de l’OCDE est représenté par une marguerite dont les 11 pétales sont les critères de « bonheur intérieur brut ». L’internaute peut alors comparer les pays en fonction de l’importance qu’il accorde à ces critères (la pétale grossit ou diminue selon le choix personnel).

  • Pas de classement officiel :
Officiellement, l’OCDE ne veut pas fournir de classement et l'institution recommande à chacun d’effectuer son propre « classement des pays les plus heureux » en fonction de ses propres critères de bien-être.

La France dans la moyenne

  • Le classement de The Economist :
Si l’OCDE n’a pas voulu se mouiller pour, dit-on, ne pas froisser les susceptibilités de ses membres, l’hebdomadaire britannique The Economist a réalisé son classement personnel en utilisant la même pondération avec les 11 critères. C’est l’Australie qui sort en tête des pays pour son « bien-être moyen », juste devant le Canada puis la Suède, tandis que la Turquie arrive en 34e place.

  • La France en 18e position :
Notre pays est devancé par la plupart de ses voisins européens et il se situe juste devant le Japon, à la 18e place. L’Expansion note qu’« avec 9,5 sur 10 pour la qualité de son environnement, au 7ème rang, la France fait jeu égal avec les meilleurs, la Suède (ou) la Nouvelle-Zélande ».

Les limites du BIB

  • Pas de bonheur collectif :
L’économiste Jean Gadrey, salue dans le Monde « une bonne initiative », mais il regrette que la notion de bonheur collectif n’ait pas été prise en compte. « C'est un indicateur orienté vers le bien-être individuel, dit-il, et pas du tout vers ce que l'on pourrait appeler la qualité d'une société ». Et d’évoquer l’absence de critères tels que la couverture sociale des habitants ou le revenu des plus riches comparé à celui des plus pauvres, ce qui expliquerait les mauvais résultats de la France.

  • Des évolutions à prévoir :
Ce nouvel outil intéresse les politiques qui ne peuvent s’appuyer sur le seul Produit Intérieur Brut (PIB) pour vanter leur travail auprès de leurs électeurs. Les critères de qualité de vie deviennent alors essentiels pour eux. Les statisticiens, de leur côté, pensent que l’outil va s’améliorer : « L'OCDE a fait un très bon travail, mais ce n'est vraiment qu'un début, résume Jean-Paul Fitoussi. Avant que nous aboutissions à quelque chose d'achevé, il faudra du temps ».

  • L’argent et le bonheur :
Si l’on compare les résultats de la France dans le domaine du PIB par habitant (24e place) et dans le domaine du BIB (18e place), ils sont sensiblement identiques. La France est un pays plutôt riche et se situe donc dans « la moyenne supérieure » pour sa qualité de vie. Ce qui fait écrire à Éric Le Boucher sur Slate: « C’est clair: plus le pays est riche, plus ses habitants ont le sentiment de vivre bien. La croissance, la richesse, l’argent, offrent le moyen d’acheter le reste : de bons hôpitaux, de bonnes écoles, de bons moyens de transport, etc. C’est une évidence que certains militants de la décroissance ont pu oublier: l’argent ne fait pas le bonheur mais il le facilite grandement ».