Les faits qui viennent d'être révélés par le journal Repubblica remontent au printemps dernier. Une jeune fille de 17 ans du nom de Ruby est arrêtée dans un salon d'esthétique à Milan, pour un vol de 3 000 euros et des bijoux, à des amies rencontrées en discothèque.

Un mystérieux appel du Palais Chigi pour la faire libérer

Pendant son interrogatoire au commissariat, un coup de téléphone du siège de la présidence du Conseil des ministres italien ordonne de la laisser partir sur le champ. "Relâchez-là, c'est la nièce de Moubarak !".

A la question d'un agent "qui est ce Moubarak ?", le fonctionnaire à l'autre bout du fil explique calmement qu'il s'agit du président égyptien. Or la jeune fille est marocaine. Et la procédure est claire dans le cas d'une mineure étrangère arrêtée sans papier. Si elle ne peut justifier d'un domicile, elle doit être placée dans un centre d'accueil spécialisé.

Un peu plus tard, une hôtesse de choix vient récupérer Ruby au commissariat, en la personne... de Nicole Minetti, 25 ans, danseuse et ex-hygiéniste dentaire de Silvio Berlusconi, élue présidente du Conseil régional de Lombardie.

Une nouvelle enquête sur la vie privée de Silvio Berlusconi

L'histoire serait restée secrète si cet été, lors d'un nouvel interrogatoire, Ruby n'avait pas déclarée que Nicole Minetti avait agi sur la demande expresse de Silvio Berlusconi en personne.

L'enquête n'en est qu'à ses débuts et beaucoup de points restent à éclaircir. Ruby, qui affirme ne pas avoir eu de relations sexuelles avec le président du conseil italien, fait état des fêtes données dans sa villa d'Arcore où elle fut plusieurs fois invitée avec de nombreuses péripapéticiennes de luxe et autres "escorts", selon le terme utilisé en république transalpine.

Pour couronner le scandale, Ruby lâche les noms de ses mentors, les directeur de la chaîne Tg4 appartenant à Silvio Berlusconi, Emilio Fede et diverses célébrités du spectacle, de la politique et des médias, coutumières des fêtes orgiaques données dans les diverses villas du président du Conseil.

Le "bunga bunga": la danse sexuelle qui fait les gorges chaudes de toute l'Italie

Détail croustillant dans les révélations faites par la jeune fille, qui aura tout juste 18 ans le 11 novembre prochain, le rite érotique cher au président du Conseil et copié sur une habitude du harem africain du colonel Kadhafi au dessert, c'est le "bunga bunga". Une sorte de danse grotesque qui consiste, pour les femmes les plus disponibles, à sautiller nue devant Silvio Berlusconi afin de faire valoir leurs atouts.

Enfin, pour appuyer ses dires, Ruby affirme avoir reçu de "Papi" Sivio Berlusconi, 150 000 euros en liquide en trois mois, des bijoux Rolex, Bulgari, Dolce & Gabbana, des robes de haute couture, une Audi et la promesse de son appui pour ouvrir son propre salon d'esthétique et de massage.

En échange, Berlusconi lui aurait demandé de se présenter comme la nièce de Moubarak pour justifier l'origine de toutes ces largesses.

Un nouvel abus de pouvoir qui tourne en dérision les institutions

Sommé de s'expliquer sur ce nouveau scandale, alors qu'il était en visite d'urgence à Naples pour régler le grave problèmes des déchets et de l'ouverture d'une décharge sur les flancs du Vésuve, contestée par les habitants et l'Europe, "il Cavaliere" s'est borné à répondre aux journalistes : " Je suis un homme de cœur. J'aide qui en a besoin". Avec le sens de l'à-propos qu'on lui connaît, il s'est contenté de qualifier cette histoire "d'ordures médiatiques".

Déjà empêtré dans des histoires de conflits d'intérêts, de corruption de juges et de collusion avec la mafia, Silvio Berlusconi dit être la victime de maîtres chanteurs. Pris dans l'étau d'une enquête sur le réseau de prostitution destiné à alimenter ses soirées privées et de son divorce, il risque fort de voir encore s'affaiblir son parti après le départ de son ex allié Gianfranco Fini, président de la Chambre des députés.

Plus grave, si les frasques du "signore B" qui vient d'avoir 74 ans n'en finissent pas de déclencher l'indignation ou la risée du monde entier (voir les articles du Huffington Post et du Parisien) pour ses manies de "pervers pépère", c'est bien l'incarnation par sa personne d'une certaine image de l'Italie qui dérange ou fascine le plus les italiens. Et non pas l'éclatante beauté de la jeune Ruby.