
- Un bateau-radio - archives Lesueur
L’information a été donnée le 22 juillet 2010 par Courrier international: Usaia Waqatairewa, président du Mouvement pour la liberté et la démocratie à Fidji, en exil à Sydney, a décidé de lancer un bateau radio pirate afin de « pouvoir dire la vérité sur son pays. Sur les 300 îles fidjiennes, chaque foyer a une radio. Notre but est de leur donner accès à du vrai journalisme, au lieu d'une version dénaturée", a expliqué le président au quotidien The Australian.
La radio pirate émettra depuis les eaux internationales, au large de Fidji
Les eaux internationales sont la seule façon de contourner la censure. Le Mouvement pour la liberté et la démocratie négocie actuellement avec un groupe néerlandais qui possède un bateau équipé d'émetteurs nécessaires à une telle opération. S’agit-il de l’un de ceux qui émettaient au large de la Hollande dans les années 70 (on pense particulièrement à Radio Veronica) ?
Historique : dernières tentatives notoires de bateaux-radios
Elles se sont faites sous la bienveillance de gouvernements qui y voyaient un indiscutable aspect humanitaire : c’est La Déesse de la démocratie quittant La Rochelle en mars 1990 à destination de la mer de Chine, en réponse aux massacres de la Place Tian’anmen... C’est Voice of Peace émettant durant la guerre du Golfe... C’est encore Radio BROD au large de l'ex-Yougoslavie alors en guerre.
Aujourd'hui, il ne reste plus de bateaux radios
Ils ont disparu au profit d'émetteurs clandestins terrestres dont le but est l'engagement politique. Installer, en effet, une radio à bord d’un bateau est beaucoup trop risqué pour des rebelles politiques. Certains Etats autoritaires n’hésiteraient pas à aborder illico presto le trublion, voire à le couler bas. La Voix de l’Etat de Tamil, pourtant, n’hésita pas à prendre des risques, commençant ses émissions le 4 novembre 1983 depuis un point de l’océan Indien. Muni d’un émetteur excessivement puissant, le navire était financé par une organisation politique. Mais le gouvernement du Sri Lanka ordonna immédiatement à l’armée de l’air de repérer l’intrus, qui fut rapidement mis hors d’état de nuire.
Les radios clandestines tentent de se cacher le mieux possible
Les radios rebelles trouvent souvent protection dans un pays limitrophe de celui dont elles dénoncent le régime. Dans les années 90, elles étaient nombreuses ; une étude de Mathias Kropf publiée dans la revue A l'écoute du monde en recensait dans 26 pays différents, totalisant plus de 1 500 heures hebdomadaires d'émissions non autorisées : VO The Crusader (Irak), Radio Venceremos (Salvador), Voice of Iran Communist (Afghanistan), Radio Iran Toilers (Afghanistan), Voice of the Martyrs (quelque part près de l’Iran), Voice of Broad Masses (Ethiopie), Voix des Kurdes Irakiens, Voice of Nat Salvation (Corée), VO dem Kampuchea (Chine), La Voix de l’Afghanistan (Pakistan), Radio Vérité et A Voz de Verdad (Afrique du Sud), Radio Liberacion (Honduras), 15 de Septiembre (Honduras), Notre Radio (Roumanie), Av Do Galo Negro (quelque part en Afrique), Cubans in Africa (Afrique du Sud), La Voix des Khmer (Thaïlande), Farabundo Marti (Salvador), Voz Popular (Guatemala), Radio Iran (en Irak !), Voix de l’Unité Ethiopienne (Soudan), Radio Halgan (Ethiopie), Le Drapeau de la Liberté Iranienne (Egypte), Radio Caïman (quelque part en Amérique centrale), Voix de l’Unité (Egypte), etc.
Le Moyen-Orient est évidemment un lieu stratégique en matière de radios clandestines
La Voix de la Palestine (organe de l’OLP) et Radio Al-Qods (Radio Jérusalem) pouvaient même être captées très correctement en Europe grâce aux relais que leurs offraient différentes stations d’Algérie, de Syrie, du Yémen ou d’Irak. Au Liban, on recensait presque autant de radios clandestines que de partis se disputant le pouvoir ; la plus connue fut longtemps La Voix de la Lumière, à Baalbeck. Les radios clandestines furent présentes à peu près partout là où des hommes se battaient, contestaient d’une manière ou d’une autre.
Les opposants au régime de Fidel Castro, par exemple, qui ne pouvaient s’exprimer dans leur propre pays, le firent par l’intermédiaire de La Voz del Cid ("Cid" étant l'acronyme de "Cuba indépendant et démocratique"), dont l’émetteur était si puissant qu’on pouvait l’entendre en France plusieurs heures par jour, sur onde courte. En poste depuis de nombreuses années, elle opéra depuis le Guatemala où elle disposait de plusieurs émetteurs ; en 1982, l'organisme américain nommé FCC (Federal Communications Commission) saisissait deux relais de La Voz del Cid dans le sud de la Floride, à l’endroit même où, l’année suivante, serait saisi l’émetteur de Voz de Alpha 66.
Quel avenir pour cette future radio pirate des îles Fidji ?
Le régime militaire a mis en place le mois dernier un décret qui limite sévèrement la liberté de la presse sur l’archipel. En théorie, aucune action ne peut être légalement entreprise en eaux internationales. En théorie seulement : le 31 mai 2010, l’attaque israélienne de la flottille qui se dirigeait vers la bande de Gaza - attaque qui s’est terminée dans un bain de sang - fut faite en toute illégalité dans les eaux internationales. Or, il n'y eut aucune représaille de la part de la communauté internationale après cet acte de piraterie perpétré par Israël. Juste un concert de molles protestations. Alors les Fidji… on sait à peine où c'est, qui s’en souciera ? Pour en savoir plus, cliquer ici.
