Alors qu'il suit allègrement la vitesse de croisière d'un film par an, Clint Eastwood entretien une conversation ininterrompue avec son public. Avec Au-delà, il s'engage sur une voie, où il est attendu, car la tâche n'est pas moindre et le trailer laisse présager d'émouvantes intentions, lesquelles lui ont déjà été reprochées précédemment, trop de bons sentiments...Cependant il semble assez éloigné de ce genre de spéculations, puisqu'il avance sans autres soucis que ceux de ses desseins d'auteur. In fine, l'histoire est édifiante, puisque nous avons décidé de nous laisser faire, de suivre et à la vitesse de l'escargot, les destins d'une tristesse infinie (les jumeaux Britanniques), mais Eastwood étonne encore, par sa maîtrise du récit, et l'amplitude de son regard.

Paranormal Activity

Film choral, la structure semble couler de source mais nous l'accueillons de prime abord en faisant la moue : Un peu trop utilisée...Par Iñárritu notamment, adepte du conte méta-fantastique. Pourtant elle trouve sa pleine légitimité, car ce n'est pas un simple "effet papillon" qui réunit les protagonistes, mais une expérience commune : La vie hantée par la mort.

Un des personnages (incarné par l'immense Matt Damon) Georges, trouve à juste raison que "ça n'est pas une vie, de vivre parmi les morts", alors il dépose le bilan de sa petite entreprise (dirigée par son frère qui en tire les bénéfices), dont l'activité est de communiquer avec les défunts de vivants inconsolables. Il est vrai que lorsque l'on est médium, on est malheureusement que cela, car l'autre semble nous dire en permanence : "parles-moi de moi…". Alors pour rencontrer ses semblables, Georges prend des cours de cuisine italienne et connait les plaisirs culinaires en compagnie d'une jolie créature (voir la sensualité exacerbée de la séquence de dégustation).

Ailleurs, le tsunami asiatique, engloutie Cécile de France (laquelle campe une star du journalisme), qui remonte miraculeusement à la surface et survie à la catastrophe. Alors qu'à Londres, des jumeaux juvéniles souffrent des affres d'une mère toxicomane.

Carnet de voyage

On pourrait penser que le réalisateur vieillissant à la vie bien remplie et à la carrière colossale, sonde cet au-delà irrémédiable et fatal. Et puis, on se rend compte assez rapidement que ça n'est pas la préoccupation principale de l'auteur, même s'il laisse entendre que les récits de l'au-delà sont injustement méconnus (surtout en France).

Sans faire dans "le conte philosophique raconté par un vieux sage", Clint Eastwood recent le besoin/devoir de communiquer sa vison et son expérience. Alors ça et là il sème quelques idées fortes : Les hommes ne se disent jamais l'essentiel et s'enlisent longtemps dans des voies sans issues, alors qu'en réalité ils ne se trouveront que lorsqu'ils auront opéré en eux-même l'épiphanie rédemptrice .. Un brin manichéen mais pas seulement et la projection achevée, nous avons irrésistiblement envie de crier : "Je salue la fraternité des hommes, le monde des arts, et Clint Eastwood".