Quatre cavaliers, une femme piétinant un dragon, une pluie d’étoiles, une cité céleste… Ces dessins, tapisseries ou sculptures illustrent un même récit : celui de l’Apocalypse de Saint Jean.

« Vision d’Apocalypse », « paysage apocalyptique »… le mot d’Apocalypse évoque des catastrophes. Or le sens originel est totalement différent : en Grec, apocalupsis signifie révélation.

L’Apocalypse est le dernier texte de la Bible, récit par Saint Jean de sa vision de l’avènement la fin du monde et du règne de Dieu.

Saint Jean : un visionnaire

Les exégètes hésitent sur l’identité de Saint Jean, auteur de ce récit. Exilé dans l’île de Patmos, était-il l’apôtre du Christ, auteur d’un des évangiles et d’épîtres, ou un autre Jean, disciple de la nouvelle religion qui s’est peu à peu étendue sur le pourtour méditerranéen ? On ne le sait pas précisément, mais il s’agissait d’un homme bien connu des communautés chrétiennes de l’époque auxquelles il écrit vraisemblablement entre 90 et 96.

C’était une période de bouleversements et de persécutions. Les Chrétiens, après la mort et la résurrection du Christ étaient persuadés que la fin du monde et le retour du Christ étaient imminents.

Saint Jean fait œuvre prophétique : il interprète les évènements dramatiques du présent en les mettant en perspective avec ce qui doit advenir (le Royaume de Dieu). Il fait œuvre apocalyptique : à l’instar d’auteurs de l’Ancien Testament (Isaïe, Ezéchiel, ..) il alterne récits de fléaux et paroles de réconfort, le présent et le futur, les réalités terrestres et les visions célestes.

Le texte : descriptions de catastrophes et annonce du Paradis éternel

Très schématiquement, St Jean s’adresse aux Chrétiens des Eglises d’Asie Mineure pour leur transmettre le message que le Christ lui a délivré au cours de visions souvent impressionnantes, et assez hermétiques pour le profane : quatre cavaliers, blanc, vert, rouge, noir, symboles du Christ, mais aussi de la peste, la famine, de la mort ; une femme « en proie aux douleurs de l’enfantement » à laquelle un dragon tente d’arracher son enfant…

Pour donner une idée du style de l’ouvrage :

« Et j’ai vu,

Et voilà un cheval verdâtre ;

Celui qui montait dessus, son nom était la Mort,

Et le séjour des morts l’accompagnait… »

(chap.8)

Ou

Alors, j’ai vu monter de la mer

Une Bête ayant dix cornes et sept têtes,

Avec sur les cornes dix diadèmes

Et sur les têtes des noms blasphématoires

Et la Bête que j’ai vue ressemblait à une panthère ;

Ses pattes ressemblaient à celles de l’ours… »

(ch.13 vs. 1-2…)

La description d’une « cité en or pur », aux portes de pierres précieuses, vers lesquelles « les nations marcheront vers la lumière » et qui abrite le trône de Dieu, celle d’un jardin paradisiaque qui n’est pas sans évoquer le Paradis terrestre sont le message d’espérance sur lequel s’achève le livre.

Les illustrations

L’Apocalypse de Saint Jean regorge donc d’images, dont relativement peu d’artistes se sont emparé. Elles ont surtout inspiré le Moyen-Age (enluminures, tympan d'églises...). En particulier, le passage à l’an 1000, avec son cortège d’annonces de la fin des temps a suscité l'intérêt pour cet Apocalypse, de même on reverra dans les années 2000 un regain d’attraction pour ce message.

  • Le Beatus de Morgan
Un commentaire de l’Apocalypse par le moine Beatus a été reproduit de nombreuses fois et richement enluminé. Il nous en est parvenu 20 exemplaires, dont celui dit de Morgan du nom de la Pierpont Morgan Library à New York où il est conservé. Il fut réalisé à l’abbaye de San Miguel de Escalda en Espagne entre 926 -928.

  • Le tympan de l’abbaye de Moissac
Les représentations glorieuses du Dieu ou du Chist ont pris place dans nombre de tympans d’églises. Un des plus célèbres, à l’abbaye de Moissac, représente le Christ entouré des quatre évangélistes représentés par symboles respectifs, vingt-quatre anciens…

« Une porte s'ouvrit dans le ciel […] et je vis un trône […] et quelqu'un assis sur le trône. […]Autour du trône étaient encore vingt-quatre trônes sur lesquels des vieillards étaient assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leur tête, des couronnes d'or. Devant le trône il y avait une mer semblable à du cristal ; et autour du trône quatre animaux. Le premier était à la ressemblance d'un lion ; le second d'un taureau, le troisième avec le visage d'un homme, le quatrième était semblable à un aigle… » (Ap. ch 4).

Il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

  • La tenture d’Angers
Au château d’Angers, on peut admirer une tenture composée de six tapisseries (sept à l’origine), commandée par Louis 1er d’Anjou d’après des cartons de Hennequin de Bruges, peintre du roi Charles V, entre 1373 et 1377. Il s’agit de la plus grande tenture au monde (103 mètres de long – 140 m à l’origine - sur 4,5 mètres de haut en moyenne - .6 m à l’origine), une œuvre de toute beauté.

  • Les xylographies de Dürer
Entre 1497 et 1998, au début de sa carrière, Albretch Dürer entreprend la réalisation de 15 gravures sur bois illustrant l’Apocalypse de St Jean, œuvre d’artiste et non de commande. La gravure sur bois acquerra désormais le statut d’œuvre d’art

Le Musée du Dessin et de l'Estampe Originale à Gravelines en possède une édition en latin datant de 1511.

Les lithographies d’Odilon Redon

Enfin, plus proche de nous, citons Odilon Redon et ses douze lithographies à l’encre, ouvrage édité à 100 exemplaires, dont un à la Bibliothèque nationale de France.

Voir et savoir plus

Le texte illustré de tapisseries d'Angers

Des tympans

La tenture d'Angers

Le cabinet des estampes, une vidéo sur les gravures de Dürer (INA)

Les lithographies d'Odilon Redon

Art et Bible, voir aussi