Première partie de la longue histoire de l'art contemporain au travers de la relecture des Biennales lyonnaises et des artistes qui les ont illustrées.

La prochaine ouverture, le 15 septembre, de la 11e Biennale à Lyon est l’occasion de rappeler les œuvres marquantes présentées lors de ces vingt dernières années. Elles préparent en quelque sorte l’exposition d’aujourd’hui.

Chacune des Biennales est accompagnée par un mot qui oriente le choix des œuvres : de 1991 à 1995 est choisi le mot histoire, de 1997 à 2001 celui de global, et de 2003 à 2007 celui de temporalité. En 2009 le terme transmission inaugure le nouveau cycle. La 11e édition propose dans cet esprit : Une terrible beauté est née.

Cette transmission, celle de l’Amour de l’Art, n’est-elle pas déjà née en 1991 ?

L’Amour de l’Art 1991

La « force de l’art en France », se manifeste dans les trois premières expositions (1991, 1993, 1995) associées à la création des FRAC, des centres d’art et d’une importante restructuration des musées. En 1991, les plus grands artistes contemporains sont invités :

L’éclectisme s’impose dans la présentation de la nouvelle peinture, de la nouvelle sculpture, des installations; l'exposition se veut à la fois didactique, interactive et fascinante par sa richesse et son originalité.

En 1993 Et tous ils changent le monde

L’exposition propose les œuvres du mouvement Dada/Fluxus ; le dadaïsme, « la grande fronde », né au début du siècle dernier, continue toujours à faire parler de lui. Mystification ou art de la communication ? Art de la bouffonnerie ou matière à penser? Des objets manufacturés sont présentés comme des reliques profanes; des monochromes, des installations sont une dénonciation déguisée et une réflexion sur la société de consommation.

L’image de Ben, assis sur une chaise, présentant un panneau noir où est écrit, avec ses lettres rondes et blanches bien reconnaissables : «tout est art et l’art c’est la vie…regardez-moi cela suffit je suis art » pourrait résumer l’esprit de cette Biennale.

John Armleder et Olivier Mosset sont associés pour une Rampe de skate board.

Christian Boltanski s’attarde sur les mémorables et immémoriales Archives de la ville de Lyon

Dans une perspective historique les oeuvres d'artistes fondateurs du XXeme siècle sont exposées: Marcel Duchamp y réhabilite l’objet de consommation, Kasimir Malevitch épure et sublime le monde, les autres le réenchantent.

L’exposition reconstitue le Merzbau de Kurt Schwitters (1988), assemblage de pièces totalement hétérogènes, création monumentale d’un habitat constitué d’un gigantesque puzzle.

En 1995 Interactivité, Image mobile, Vidéo

L’exposition profite du bicentenaire de la naissance du cinéma pour retracer le parcours des nouveaux mediums et des innovations technologiques. L’image mobile se vulgarise en devenant le modèle dominant et déclasse du même coup les modes classiques de représentation.

Nam June Paik transforme, brouille et distord les images télévisées en se servant d’aimants. Pour lui l’écran est devenu tableau, la télé sculpture, et la vidéo un art ; il commente : « Est-ce que le petit écran remplacera aussi la peinture à l’huile ? Oui… Quand les tubes cathodiques s’émanciperont. »

Les théâtres cruels de Tony Oursler où la vidéo projette des images sur des mannequins, Les Poupées, sinistres effigies, côtoient « les kaléidoscopes » de Dan Graham. L’œuvre de ce dernier se situe à l’intersection de l’art conceptuel, de la performance, de la vidéo et de l’architecture. Il dénonce l’ordre publicitaire et ses propositions interrogent comme il l'explique lui-même: « moins de voir que de méditer sur les conditions du voir ». Il présente des installations complexes dans lesquelles le spectateur, à la fois regardant et regardé, peut pénétrer, y être filmé et réfléchi par des miroirs et des moniteurs, l’image lui étant renvoyée avec un certain décalage.

En 1997 L’Autre

La nouvelle thématique choisie pour ce second cycle, le « global » propose des formes troublantes exposant, par les effets d’un art considéré comme action, le happening, l’art corporel et la performance ; les présentations sont peu conventionnelles.

Telle celle de Chris Burden, The Flying Steamroller (le rouleau compresseur volant) qu’il « conduit »; l’artiste américain réinvente une forme de body art; quitte à se mettre en péril, ses actions sont restées célèbres : Il s’enferme cinq jours durant dans un casier d’une consigne automatique ; lors d’un vernissage demande à ce qu’on lui tire dessus avec une carabine, il sera blessé au bras ; quelques années plus tard il rampe sur une vingtaine de mètres sur du verre brisé…

Mariko Mori, star de la scène artistique contemporaine japonaise, « cyber Lolita et pur produit de la culture manga et du rêve cybernétique » se met en scène en prenant l’apparence d’un personnage fantastique, d’une écolière ou d’un guerrier futuriste.

Katharina Fritsch nous dévoile : Le Roi des rats; Plus vraie que nature ; la « sculpture » est d’un réalisme équivoque mais inventif ; elle côtoie les formes monumentales de Richard Serra et les installations minimalistes de Bruce Nauman.

Témoins de l’intégration dans l’art des procédés technologiques qui a permis son élargissement, Nauman, comme beaucoup d'artistes d'aujourd'hui, mêle dans un cumul des genres : vidéos, films, enseignes au néon

Lire La Biennale 2011: Une terrible beauté est née

Poursuivre la lecture dans un 3eme article sur les années 2000 à 2007