" Voici des autels sacrés pour ceux d'entre nous, forcés par leur culture, à suivre des routes plus sérieuses...honorer et conserver ces compagnons perdus ". Ainsi s’exprime Charlemagne Palestine en présentant lui-même son Bordel sacré qui est une installation présentée dans un espace variable de 40 à 80m²

Des peluches, des jouets, des casquettes, des tissus de culte d'ethnies différentes, des coussins, des spots, des photographies, un harmonium d’Inde, un miroir, des bougies, des pistolets en plastique, deux valises, du papier d’aluminium, un ventilateur, deux lecteurs CD où sont enregistrés, spécifiquement pour l'installation, des cris d’animaux sauvages et les Voix du monde, une anthologie des expressions vocales appartenant à la collection CNRS du Musée de l’homme.

Un téléviseur diffuse en boucle le film animé de Disney le Livre de la jungle.

Le monde de l’enfance

Chargées d’émotion et de plaisir, peluches et vidéo appartiennent au domaine et aux cultures de l'enfance. Magasin de jouets, inventaire personnel des souvenirs du jeune Charlemagne, l’ensemble est coloré, ludique, séduisant, presque racoleur ; il réveille en nous des moments perdus ; il a fallu « suivre des routes plus sérieuses » explique Palestine. Signes d’immaturité, la peluche, le doudou du petit sont l’inséparable refuge, le lien consolateur et privilégié de ceux qui se sentent seuls. Ici ils sont « conservés et honorés »

La célébration d’un office

« Honorer ces jouets sacrés », c’est les exposer, les requalifier par un acte artistique, les offrir au regard du spectateur. Offrandes ou icônes, ils font l’objet d’une mise en scène théâtrale où la lumière des papiers dorés et des bougies accentue l’aspect cérémonial de la présentation.

Déifiés par la présence cultuelle de cet autel pléthorique et savant les personnages pourraient appartenir au domaine des esprits ; l’alternative entre présence bienveillante ou malveillante cache l’ironie de la situation.

La statue de Ganesch, dieu hindou, fils de Shiva, à tête d’éléphant et corps d’homme, qui aide à la nouvelle entreprise, enlève les obstacles, donne l’intelligence, la sagesse, l’énergie et la chance, trône sur l’autel. La création artistique est une de ces nouvelles entreprises, le dieu agissant encourage et facilite nos œuvres et celle de l’artiste.

Qui adore qui ? Qui regarde qui ? Les sujets de l’installation nous fixent avec leurs gros yeux plats, dans l’attente d’un événement mal défini. Qui est concerné? Eux par l’exercice d’une magie animiste ou nous par une adoration rituelle ?

Une performance musicale

Les sons produits par les différents appareils se mêlent et perturbent nos perceptions visuelles et tactiles. Charlemagne Palestine est aussi musicien, ses expériences minimalistes avec La Monte Young, les multiples expressions vocales liées aux rites et cérémonies, aux travaux, aux fêtes calendaires et au cycle de la vie lui inspirent des cérémonies chamaniques où le public peut entrer en transe.

Ici l’harmonium indien muet mais présent est le grand accordeur de ce théâtre magico religieux et pour «ceux d’entre nous forcés par leur culture à suivre des routes plus sérieuses » qu’ils passent leur chemin…