Devant la caméra

Dans l’esprit d’une rétro projection, Eric Duyckaerts, artiste né à Liège en 1953, commente la Bible, versets 26 et 27 de la Genèse I qui nous dit que Dieu créa l’homme à son image.

La « Question cruciale: l’image, tout court » est elle: «copie ? Métaphore?». L’artiste rappelle l’interdit de la représentation de Dieu dans la religion juive ou islamique qui justifie l’utilisation de la « géométrie » dans ces deux cultures : «tu ne feras pas d’idole »

Dans le même esprit iconoclaste, il utilise dans sa démonstration une pseudo science qui mêle le schéma, la numérologie, le langage informatique en citant les nombres binaires 0 ou 1 qui sont à l’origine de toute création d’image numérique.

Le discours religieux ou hérétique ?

Il mêle encore à cet éclectisme, quelque peu surprenant, la philosophie orientale en évoquant le Yin et le Yang comme s’il voulait donner matière à interpréter aux exégètes de demain. En effet l’exercice choisi se situe dans la longue tradition de l’exégèse biblique. Ce « télévangéliste » donne un sens nouveau au texte sacré, avec tout le sérieux et l’autorité d’un Père d’église ou d’un expert.

Son comportement devant la caméra fait douter de la réelle importance que le narrateur accorde à son sujet, à son public et à lui-même. Il dénonce les discours, la mise en scène du savoir et les travers de ceux qui veulent le transmettre, en mimant et caricaturant le savant.

Il bafouille, s’excuse et à la fin de sa prestation sourit, se retourne, et comme le ferait tout bon conférencier ne remercie pas son auditoire. Son interprétation théâtrale est à la fois prétentieuse, ampoulée et paradoxalement ratée. Sa vidéo devient un outil pédagogique et il maintient une certaine distance.

La relecture du texte biblique

Partisan de l’objectivité pure, la science est pour Duyckaerts le modèle le plus parfait d’écriture au monde, il ramène la conception de la Genèse à un exercice élémentaire géométrique ou substantiel.

Sa relecture du texte biblique, qui se prête peut être mieux que d’autres écritures à cette auscultation fantaisiste, dans un contexte de réévaluation techno scientifique, frôle l’hérésie, mais place dans un contexte très ludique et des plus actuels, le questionnement de l’image, celle des origines au moment de la Création, et celle d’aujourd’hui au moment de sa production.

Comble de la démonstration il ne propose au spectateur qu’une seule image, celle de sa propre personne et substitue l'ouie à la vue, sans quoi l’œuvre présentée ne pourrait exister !