Représentez vous la photographie d’un jeune cycliste au visage sale et triste qui porte des ailes, il est habillé d’une longue robe blanche souillée, chaussé de tennis maculés de boue; il est accompagné par deux chevaux reliés à un attelage; un effet d’écrasement de la prise de vue donne l’illusion qu’il est mené par le jeune garçon. Deux personnages sur le bord du chemin pavé regardent la scène avec attention.

Le décor n’explicite en rien la situation, le pavage de la chaussée et la palissade en lattes de bois ne nous donnent pas d’indice, seul, en arrière plan, un petit morceau de ce qu’on peut supposer être un vitrail moderne laisse présumer de la présence d’un bâtiment qui pourrait être un édifice religieux.

L’interprétation

Quelle lecture d’image choisirez vous ? Cet enfant est il un personnage ordinaire, alors pourquoi porte t-il cet accoutrement ? Est-il un ange ? Alors pourquoi se trouve t-il sur une vieille bicyclette, ses ailes ne lui suffisent donc pas pour se déplacer ? Revient t-il d’un long voyage duquel il a accumulé poussières et fatigues ? Les chevaux l’ont-ils accompagné où la rencontre est-elle fortuite ?

Tache blanche au centre du document il est le nœud de l’histoire ; aucune lumière surnaturelle n’émane de lui, aucun sourire radieux ne vient éclairer le monde qui l’entoure, pourtant il est bien présent sur la photographie. Le personnage féminin qui le regarde n’exprime aucune émotion, pas même de l’étonnement, le second personnage n’apparaît pas en entier et laisse ainsi planer un mystère autour de lui.

La photographie enregistre une « réalité toute bête » assertion qui ne fonctionne plus ici.

L’artiste utilise une image paradoxale pour jouer sur un double langage ; celui qui est spécifique au médium lui-même, nous savons que cette image est créée grâce à un procédé photographique et l’absence de preuve de sa réelle existence.

Le double langage

Cette ambiguïté crée un doute dans notre esprit sur l’authenticité de l’instantané ; rêve ou réalité, image venue d’ailleurs ou habile mise en scène qui ré-enchante un événement via le document sensationnel.

Le plus souvent l’artiste brouille les pistes, il jette parfois quelques rares indices que seul un observateur attentif saura déceler.

L’imagination du spectateur est sollicitée et chacun choisira sa réponse et son interprétation sachant que l’œuvre contemporaine est une œuvre ouverte qui demande au spectateur une participation active et que le religieux n’apparaît dans une image que si l’observateur crée cette relation pour répondre aux interpellations de l’artiste.

Régis Debray nous explique dans Vie et Mort de l’Image : « Les pêcheurs de 1280 n’étaient pas sauvés par le sourire de l’ange de la cathédrale de Reims ; il leur souriait parce qu’ils avaient envie d’être sauvés et croyaient aux anges »

Actualité:

La 43e édition des Rencontres internationales de la photographie d’Arles 2012 présente pour la première fois les 109 images consacrée par le photographe aux Gitans.