Elle joue de ses charmes, de ses mystères et de ses paradoxes pour gérer une carrière de vedette internationale. Si l’on sait tout d’elle depuis les années 70, le début de sa vie reste mystérieux, surtout en ce qui concerne la période 1940-1965. Cela peut se concevoir si, comme elle l’a dit, elle est née en 1948 voire 1946, mais on avance avec beaucoup plus de certitude la date de 1939. Elle-même cultive le flou, élude les questions.

Menons l’enquête

Angela Bowie déclarait qu’elle l’avait « repérée comme étant une véritable hermaphrodite plutôt qu’une transsexuelle, à la différence de ce que tout le monde prétendait. Sa beauté était exceptionnelle, trop délicate et trop féminine pour être le résultat d’une simple intervention chirurgicale». Son parcours est retracé assez précisément par Fabrice Gaignault dans son livre « Egéries Sixties ».

Tout commence en 1964 à la terrasse du Flore.

Amanda est abordée par Catherine Harlé, responsable d’une agence de mannequins mondialement connue. Elle est ensuite repérée par Paco Rabanne qui lui permet d’accéder rapidement à la renommée internationale. Elle habite passage Choiseul dans la maison de Catherine Harlé où elle croise Anna Karina, Nico, etc.

Elle se lie d’amitié avec Anita Pallenberg qui va lui présenter le Rolling Stone Brian Jones. Amanda partagera sa vie durant quelques mois après qu’Anita en ait eu assez de se faire frapper par Brian, junkie et dépressif notoire (la chanson de 1967 des Rolling Stones « Miss Amanda Jones » lui est dédiée).

Elle s’installe à Londres.

Son nom de « Lear » lui vient d’un mariage en 1965 avec un Écossais pour tenter d’obtenir la nationalité britannique. Elle fraye avec Marianne Faithfull (c’est ainsi qu’on apprend que cette dernière est bisexuelle), les Who (elle aura une courte liaison avec leur batteur fou Keith Moon) et Patti Boyd, future épouse de George Harrison.

De retour à Paris, elle rencontre Salvador Dali.

Le maître l’aborde de curieuse manière : « Vous avez la plus belle tête de mort que j’ai jamais vue ! ». Amanda, sans détour, réplique : « Mais qui c’est, ce con-là ? Pour qui il se prend ? ». Pourtant le courant est passé :

- Je pensais ne plus le revoir mais il m’a rappelée le lendemain pour m’inviter à déjeuner et là, loin de sa cour de pédés obséquieux, de pétasses immondes, de garçons coiffeurs sans intérêt, il s’est révélé être un amour. Nous sommes restés ensemble une quinzaine d’années avec l’accord de Gala qui fermait les yeux et m’aimait beaucoup (extrait de « Egéries Sixties » de Fabrice Gaignault, Fayard 2006).

Elle est accostée par Brian Ferry, encore inconnu

Il lui propose de poser, tenant une panthère en laisse, sur la pochette de « For your pleasure », premier album de Roxy Music. Elle accepte mais, terrifiée, exige que la bête soit bourrée de Valium. Nouvelle histoire d’amour avec celui qu’elle appelle son « Brian n°2, un gentleman bien élevé ».

Un soir elle reçoit un appel téléphonique de Marianne Faithfull qui lui apprend que David Bowie est tombé amoureux d’elle. Elle se rend à la première invitation mais, au premier coup d’œil… le compte n’y est pas :

- Je tombe sur un garçon épouvantable de laideur, des poils rouges en guise de cheveux, des dents de travers, un œil crevé, les sourcils rasés. Un chose effrayante, comme sortie d’un mauvais rêve !

Cupidon passe outre la première impression.

Dès le lendemain elle larguait Brian Ferry pour rester un an et demi avec David. Cette nouvelle histoire d’amour ne sera pas totalement sans conséquence sur la carrière d’Amanda : « Ziggy » s’est mis en tête de lui apprendre à chanter et de produire ses disques… des disques qui ne verront jamais le jour car Bowie a d’autres chattes à fouetter. Mais dans l’esprit d’Amanda, c’est tout vu : elle veut devenir chanteuse. Ce sera fait de longues années plus tard, en pleine vague disco. Elle publiera une poignée de disques pas inintéressants, dont "La Bagarre", « Diamonds » et surtout « Follow Me ». « Le disco est le degré zéro de la musique, mais le chemin le plus rapide vers la célébrité » affirme-t-elle en 1978.

Lily Marlene

Elle est l’une des rares à avoir osé enregistrer (1978) puis réenregistrer avec un couplet supplémentaire (2001) l’éternelle « Lily Marlene » qu’il est impossible de ne pas associer à l’image de Marlene Dietrich, même si celle-ci n’en fut pas la créatrice. Sur l’album « Hearts »(2001) elle se paye le luxe de chanter en cinq langues différentes, dont évidemment le français (« L’Invitation au voyage »de Baudelaire). En 1979 elle avait épousé Alain-Philippe Malagnac, amant de l’écrivain Roger Peyrrefitte mais le mariage vira au cauchemar lorsque son mari périt dans l’incendie qui ravagea leur demeure en 2000 tandis qu’Amanda, elle, se trouvait en Italie. Son attache avec ce pays remonte à l’époque où elle était animatrice de télé sur La 5, chaîne de triste mémoire lancée par Berlusconi au début des années 80.