Pas très prolixe, Kate Bush : rien entre "The Sensual World" (1989) et "The Red Shoes" (1993). Pire : un silence radio de douze ans jusqu'à "Aerial" (2005). Du coup nous sommes prêts à nous jeter sur son nouvel album, "Director's Cut". Or il ne s'agit que de nouvelles versions de titres anciens.

Du neuf avec du vieux...

Le titre qui ouvre l'album, "Flower Of The Mountain" est en fait le remake de "This sensual World" et il en va de même des dix autres titres. A 53 ans, Kate manquerait-elle d'inspiration? Ce n'était pas le cas à la fin des années 70.

Des débuts fracassants

Catherine Bush dite Kate Bush, petit bout de femme née en 1958, signa un contrat d’artiste à l’âge de 16 ans… mais, au cours des trois années suivantes, qu’elle utilisa tout de même pour écrire près de 200 chansons, elle passa plus de temps sur les bancs de l’école que dans des studios d’enregistrement : le contrat lui avait été proposé prématurément par la firme E.M.I. pour être sûr qu’elle ne signerait pas ailleurs ! C’est dire à quel point on croyait en elle.

Une confiance bien placée

Kate pulvérise les hit-parades fin 1977 avec« Wuthering Heights », chanson librement inspirée des « Hauts de Hurlevent ». C'est seulement son premier disque, mais il a été cornaqué par David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd. Après un fabuleux premier album, « The Kick inside », elle fut contrainte d’enregistrer le deuxième, « Lionheart », un peu à la va-vite dans un studio d’enregistrement à Nice. Une précipitation qui laissa ses admirateurs sur leur faim ; Kate elle-même s’avoua déçue du résultat (en 1985, en raison du coût horriblement élevé de location du studio pour l’enregistement de l’abum « Hound of love », elle prit la décision d’avoir son propre home studio).

Babooshka

Après « Wuthering Heights », le grand tube suivant s'intitule « Babooshka » (1980). En 1983, elle enregistre deux titres dans notre langue : « Ne t’enfuis pas » et surtout « Un baiser d’enfant », V.F. de son chef-d’œuvre à redécouvrir, « The Infant Kiss ». A la première écoute, on est emballé, séduit, enthousiasmé... ou carrément horripilé par cette petite voix si aiguë. En tout cas, nul ne peut rester indifférent et la belle ne cesse de créer l’évènement : à 19 ans elle devient la première Anglaise à la première place du hit-parade avec une chanson écrite elle-même ; elle fut également, en 1978, la femme la plus fréquemment photographiée (on ne sait pas si elle a battu le record des Beatles !). En 1980, grâce à « Never for ever », elle devint la première artiste anglaise à rentrer directement, dès la semaine de sa sortie, à la meilleure place des ventes d’albums.

Trente ans plus tard...

Les Britanniques considèrent qu’elle est toujours the most successfull solo female performer ( la plus grande interprète féminine) . Une conquête qui se fit dans la discrétion : il s’écoula douze ans entre ses deux derniers albums, « Red Shoes » (1993) et «Aerial » (2005). Elle ne se donna pas non plus en concert, sinon à l’occasion d’une unique tournée en 1979, et ceux qui eurent le privilège de la voir à Paris au Théâtre des Champs-Elysées s’en souviennent encore : c’était quasiment la première fois –elle ne pouvait pas faire autrement, puisqu’elle interprétait plus de 20 chansons et dansait simultanément- qu’un artiste utilisait un micro émetteur sur scène. L’une des premières à pressentir que la vidéo deviendrait aussi importante, sinon plus, que l’audio, elle commercialisa son concert à l’Hammersmith Odeon en cassette VHS. Elle fut également l’une des premières artistes à publier un CD-vidéo, en l’occurrence la compilation « The Whole Story 94 » qui, comme son titre l’indique, sortit en 1994. Mais à mixer, remixer, rééditer et revisiter son oeuvre, ne risque-t-elle pas de lasser son public qui attend de la nouveauté?