
- Abraham Lincoln by Alexander Gardner - Library of Congress. Reproduction Number LC-USZ62-
En février 2007 à Springfield dans l'Illinois, l'incroyable destin de Barack Obama, premier président afro-américain des Etats-Unis, se met en marche. Une nouvelle fois, l'histoire s'arrête à Springfield. Or en ce jour de février 2007, l'ombre tutélaire d'Abraham Lincoln, l'homme qui changea à jamais le visage des Etats-Unis, plane sur la ville.
Un self made man
Né en 1809, dans le Kentucky, au sein d'une famille où ni son père ni sa mère ne savent lire, Abraham Lincoln côtoie rarement l'école et travaille dans la ferme familiale. Décidé à prendre un autre chemin que celui de ses parents, il quitte la demeure familiale de l'Indiana, entame une vie d'aventures et exerce de nombreux métiers: matelot sur les rives du Mississippi, postier, soldat, etc.
Attiré par les affaires publiques, il aspire très vite à jouer un rôle politique. Mais sa première expérience électorale dans l'Indiana se solde par un échec: il est sévèrement battu. Il entame alors des études de droit qui lui permettent de devenir avocat en 1836. Il a 25 ans.
Quittant l'Indiana, Abraham Lincoln s'installe à Springfield dans l'Illinois, Etat où se situe également Chicago. Il se présente à l'Assemblée locale et y est élu avant de représenter l'Illinois à la Chambre des Représentants à partir de 1846. C'est alors un jeune escogriffe d'1,93 m, plutôt sec et surmonté d'une chevelure noire en bataille qui arpente les couloirs du Congrès où se fait et se défait la politique d'un jeune pays encore traversé par ses démons et ses querelles.
La question de l'esclavage
Parmi les différents maux qui agitent les Etats-Unis figurent la guerre avec le Mexique que Lincoln condamne, la querelle entre les pouvoirs des Etats et celui de l'Etat fédéral de Washington et la question de l'esclavage qui divise le pays. Dans le Nord très industrialisé, l'abolition de l'esclavage progresse tandis qu'au Sud, fortement agricole et nécessiteux d'esclaves pour la récolte du coton ou de la canne à sucre, l'esclavage est une nécessité, presque une institution divine.
Abraham Lincoln se révèle rapidement un antiesclavagiste convaincu sans pour autant aller jusqu'à l'octroi du droit de vote à la population noire. Opposant à l'entrée dans l'Union de nouveaux Etats esclavagistes, défenseur acharné de l'esclavage réfugié en Illinois Dred Scott et de la limitation de l'expansion de l'esclavage notamment lors du Kansas-Nebraska Act (1854), Lincoln gagne en popularité. Dans ce climat de plus en tendu qui menace la cohésion même des Etats-Unis, Abraham Lincoln prononce en juin 1858 un discours resté célèbre dans lequel il met en garde ses concitoyens contre la division en affirmant qu'«une maison divisée contre elle-même ne peut pas tenir».
Un géant
Représentant le parti républicain lors de l'élection présidentielle de 1860, il est élu face au candidat démocrate et farouche partisan de l'esclavage, Stephen Douglas. Il devient ainsi le 16e président des Etats-Unis et le premier républicain. Dès lors, l'ancien garçon de ferme devenu avocat, l'idéaliste pétri de culture biblique devenu président des Etats-Unis va affronter la plus terrible des épreuves : la guerre civile connue sous le nom de guerre de sécession. Il y laissera sa vie non sans avoir été réélu en 1864 et avoir gagné la guerre et émancipé les esclaves. Dans la mémoire collective de l'humanité, celui qui était «prêt à prendre la main de ceux d'entre vous qui voudront bien me la donner» selon les mots du célèbre romancier américain Gore Vidal reste l'un de ces hommes qui ont sacrifié leur vie sur l'autel de la liberté.
