Verdi, maître incontesté de l'opéra avec Puccini, Donizetti, Mozart et Wagner, a toujours traité, de près ou de loin, des sujets politiques forts de son époque. Avec Nabucco, c'est de la domination autrichienne dont il est question, à travers un sujet biblique.

L'Italie en 1842

À cette période charnière du XIXe siècle, la péninsule méditerranéenne lutte à la fois pour son unification, et contre l'envahisseur. On ne parle pas encore d'Italie à proprement parler (cela ne viendra qu'une vingtaine d'années plus tard avec la création du premier parlement italien), mais de différents royaumes et duchés qui rivalisent chacun entre eux pour asseoir leur domination. Mais le véritable pouvoir est à cette époque autrichien. Il faudra trois guerres d'indépendance pour que tous les Italiens, sous l'égide de Victor-Emmanuel II, s'unissent dans un même état dont Rome sera la capitale.

Verdi à l'époque de Nabucco

Le compositeur est à nouveau installé à Milan lorsqu'il assiste à la création de son Nabucco. En 1842, âgé seulement de 29 ans, il en est déjà à son troisième opéra. Il n'a certes pas encore atteint la maturité de composition qu'on trouve dans La Traviata, Le Trouvère, Rigoletto, Simon Bocanegra, Don Carlos ou Aïda, mais il a déjà à son actif beaucoup de pièces lyriques avec piano ou orchestre et il a déjà écrit sa symphonie en Ré Majeur (confirmant en son caractère unique sa prédilection pour l'écriture vocale).

D'un point de vue personnel et affectif, Verdi est plus que jamais en proie au doute : le compositeur sort de deux ans de dépression où il s'est totalement renfermé sur lui-même, jusqu'à avoir fui Milan quelques temps pour oublier ses chagrins. Son amour, Margherita Romano, a succombé en 1840 à une méningite et le mauvais accueil que le public et les critiques ont réservé à son opéra comique, Un giorno di regno, lui a fait se poser des questions quant à son devenir de compositeur lyrique.

Mais politiquement, le compositeur est déjà le visionnaire engagé pour l'unification de toutes les provinces italiennes qu'on dépeint traditionnellement lorsqu'on parle de lui.

Nabucco : création, argument et engagement

Lorsqu'il entame la composition de son nouvel opéra, Verdi y met toute sa croyance en ses idées libertaires. L'ouvrage connaît un succès incommensurable le jour même de sa création, succès qui durera pendant les 47 représentations qui suivront directement la première à la Scala de Milan. Mais le public applaudit-il le chef-d'œuvre musical ou les idées qu'il véhicule ? Car Verdi est sorti de sa réserve en composant sur le thème de la liberté des peuples opprimés. Sur un livret de Temistocle Solera tiré d'un drame d'Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornue, Nabucco dépeint un épisode biblique fort, celui de l'esclavage des juifs captifs à Babylone. Inévitablement, les Milanais envahis par le pouvoir autrichien s'identifieront rapidement aux esclaves hébreux, et le célèbre "Va, pensiero", appelé communément "chœur des esclaves", connaîtra un succès retentissant et fera acte d'hymne indépendantiste auprès du peuple italien milanais.