Ce n'est pas la première fois qu'Elton John enregistrait une chanson sous le choc, sous l'emprise de la douleur relative à un décès: déjà, en 1978, il avait écrit « Song For Guy » dédié à la mémoire de Guy Burchett, jeune coursier de “Rocket”, la société de disques d’Elton. Agé seulement de 17 ans, Guy fut tué, en moto, dans un accident de la circulation. Puis c’est au tour de « Empty Garden (Hey Hey Johnny) », en hommage à John Lennon, assassiné en décembre 1980. Cette fois, la personnalité du héros choisi dépasse amplement celle du modeste livreur de disques. Immédiatement après « Empty Garden (Hey Hey Johnny) », Elton avait publié un 45 tours intitulé... « Princess ». En 1987, enfin, Elton enregistra la chanson « Tribe », en souvenir de Billy Fury, rocker britannique des années 50.

Un auditoire de deux milliards et demi d'individus

Samedi 6 septembre 1997 : deux milliards et demi d'individus (dont 31,5 millions de Britanniques), massés devant les téléviseurs du monde entier retransmettant la cérémonie de l’enterrement à l’Abbaye de Westminster, assura immédiatement à ce nouvel enregistrement le titre de single le plus vendu de toute l’histoire du disque.

La nouvelle avait pris le monde par surprise

Un dimanche matin, à l’heure du petit déjeuner, on apprenait en Europe la terrible nouvelle : dans la nuit précédente, la très médiatique Lady Di avait été victime d’un accident de la route, en plein coeur de Paris. Poursuivie par des paparazzis, dans des circonstances que n’ont cessé de répéter les médias, la voiture qui transportait la princesse, son fiancé Dodi Al Fayed, le chauffeur (qui avait bu trop d’alcool), et leur garde du corps s’était écrasée sur un pilier, dans le tunnel du Pont de l’Alma.

Accident ou attentat ?

L’accident a d’autant marqué les esprits qu’on n’a pas hésité à parler d’attentat contre la personne de la Princesse Diana, décédée quelques heures plus tard à l’hôpital. La responsabilité des “chasseurs de photos”, et, par là même, celle des journalistes, était mise en cause. Jusqu’à quel point peut-on repousser les limites entre vie privée et vie publique? Ce grave débat a, quelques temps, mis à mal la réputation de la presse “à scandale”, de la presse “people” et, dans une moindre mesure, celle de toute une corporation qui a pour mission d’informer.

Rapidement, la personnalité de Diana Spencer a pris le dessus

On assista à la naissance d’un véritable culte. La royauté britannique, qui l’avait mise à l’écart depuis ses frasques sentimentales extra-conjugales et son divorce avec le Prince Charles, se trouva dans une situation excessivement délicate, et dut, certainement à contre-coeur, faire à la princesse des obsèques nationales.

L’amitié qui unissait Elton et Lady Di était sincère et profonde...

Cela ne les empêcha pas de s’envoyer, par courrier, des propos aigres-doux, à l’occasion d’un désaccord concernant, justement, une donation contestable. Les deux britanniques regrettèrent cependant cette brouille passagère, et se réconcilièrent, publiquement, lors des funérailles du couturier italien Gianni Versace assassiné à Miami.

Après le décès de la princesse, de nombreuses personnalités furent invitées à son enterrement.

Le ténor Pavarotti était trop bouleversé pour pouvoir chanter, mais Elton releva le pénible défi. La Reine mère lui accorda très exactement trois minutes et quarante-cinq secondes. Le timing, en effet, se devait d’être extrêmement rigoureux. Restait la question du choix du titre qui serait interprété. Elton songea d’abord à « Don’t Let The Sun Go Down On Me » (ce qu’on pourrait traduire, poétiquement, par « Ne laisse pas le soleil me faire de l’ombre »), mais la structure de la chanson ne se prêtait pas à une telle occasion. Il envisagea alors de chanter Your Song, que Diana adorait, mais il aurait fallu changer certaines paroles: si « Yours are the sweetest eyes I’ve ever seen » était acceptable (« Tes yeux sont les plus doux »), il n’en était pas de même pour « I’d build a big house where we both could live » (« Je construirais une grande maison où nous pourrions vivre tous deux »).

Bien sûr, Elton et Bernie pouvaient composer une chanson à la mémoire de Diana...

Hélas, en six jours, comment parvenir à la perfection? Elton se souvint que Diana s’identifiait au personnage de « Candle In The Wind », en raison de trois phrases: « They made you change your name » (« Tu as dû changer de nom »), « Never knowing who to cling to when the rain sets in » (« Ne jamais savoir à qui te raccrocher lorsque la pluie t’accable »), et « Even when you died, the press hounded you » (« Même après ta mort, les médias ont continué de te blesser »). Pour Diana, autant chouchoutée par certains médias que malmenée par d’autres, cette dernière phrase avait quelque chose de profondément prémonitoire.